La Confrérie des Carnavaliersbolzes
remercie très sincèrement Jasmine Papaux ainsi que la Bibliothèque cantonale universitaire
pour l'avoir autorisé à publier sur son site l'historique du Carnaval
et le Carnaval des Bolzes en particulier
Le Carnaval
D’où vient le carnaval ?
Étymologie
L’origine du mot carnaval est incertaine : en effet, il existe au moins deux interprétations possibles. La première est la suivante : l’expression viendrait de l’italien carnevale qui, lui-même, est issu du latin carnem et levare, termes qui signifient littéralement « ôter la viande ». Le carnaval est donc associé à la notion de jeûne et de privation. Par la suite, le mot carnevale a pris la signification de « mardi gras ». La deuxième étymologie se base sur l’expression latine carnis levamen, « le soulagement de la chair », qui propose plutôt l’idée d’un corps satisfait[1].
Saturnales romaines
Dans la Rome antique, les Saturnales (saturnalia) célèbrent le solstice d’hiver et sont en l’honneur du dieu Saturne (dieu des semailles et de la culture de la vigne). Elles commencent le 16 des calendes de janvier (le 17 décembre) et durent d’abord un seul jour, puis trois sous Jules César, ensuite quatre sous Auguste, cinq sous Caligula, et finalement sept sous Dioclétien. Durant ce(s) jour(s) de fête, on suspend les affaires et Rome est plongée dans une grande effervescence. Sénèque dira même que « Toute liberté est donnée aux débordements publics »[2]. On s’invite l’un chez l’autre, on s’offre des présents. La société toute entière est sens dessus dessous : les esclaves sont traités comme leurs maîtres, se font parfois même servir par ceux-ci, allant jusqu’à les tourner en ridicule : c’est la seule période de l’année où ils ne se font pas corriger, donc autant en profiter ! Cette célébration païenne sera abolie par les chrétiens vers 360 après J.-C[3].
Le carnaval, quant à lui, s’est probablement imposé en Europe vers l’An mil, car c’est à cette époque-là que l’Église a cessé de le stigmatiser comme une fête païenne. Les autorités ecclésiastiques ont souvent tenté de l’amener vers un caractère typiquement monothéiste et religieux. Mais, finalement, y sont-elles vraiment parvenues ?
Le carnaval : comment et pourquoi ?
La fête est parfois limitée au Mardi Gras, mais elle peut également durer plusieurs jours (les Jours Gras). Le mardi soir marque son "autodestruction" par la mise à mort du bonhomme Carnaval, ou bonhomme Hiver. On festoie jusqu’à la veille du mercredi des Cendres, jour où la cérémonie du Feu Nouveau[4] a lieu. On se dévergonde, on se "remplit la panse", on boit, on chante et on danse, on transgresse les règles de la vie quotidienne, on inverse l’ordre social et on oublie même de suivre la pieuse conduite dictée par l’Église avant une longue et sérieuse période de jeûne, le Carême[5]. Or, ce comportement de "débauches" est naturel, voire instinctif : la perspective d’une longue privation amène l’individu à faire des réserves pour ne manquer de rien. Cette relâche montre aussi que, aux origines de la fête, la population est très pauvre et le système social est inégal : le carnaval est aussi une sorte d’exutoire permettant d’oublier pour un moment les problèmes de tous les jours.
Le Carnaval des Bolzes
Historique
Les origines de ce carnaval restent quelque peu mystérieuses. Selon l’un des organisateurs, la fête remonterait au Moyen-Âge : c’était alors la fête des corporations. Il est aussi possible que le carnaval actuel soit une sorte de fête commémorative de ces dernières… Ce mystère n’est pas encore totalement résolu.
Officiellement, le Carnaval des Bolzes est né avec la fondation de la Confrérie des Carnavaliers Bolzes, en 1968. Cette société a été fondée par trois habitants de la vieille ville de Fribourg : deux enseignants (feu Paul Morel et Bruno Césa) et un patron de café ; leur but était, premièrement, de faire renaître le carnaval - qui était alors en perte de vitesse - à Fribourg et, deuxièmement, de se faire remarquer par les autorités de la Ville qui s’occupent alors très peu de la vieille ville. Hubert Audriaz, un personnage-clé de la ville surnommé parfois "le Magicien d’Auge", les a rejoints et a construit chaque année des chars avec l’aide d’adolescents[6].
Dans les années soixante et septante
Quinze jours avant le carnaval, les garçons "schwentzaient"[7] le collège, épouvantaient les filles, déguisés en rababous[8], comme les voleurs de bois d’antan. Les plus grands allaient provoquer les "gens de la Haute", se moquant totalement des gendarmes. Avec toute cette agitation, il était quasiment impossible de travailler correctement à l’école.
En Basse-Ville, la population était pauvre ; il fallait donc rivaliser d’ingéniosité et d’imagination pour confectionner un déguisement. On fabriquait les masques avec un sac, un vieux bas, un carton, des journaux et l’on rendait le tout le plus affreux possible. On s’improvisait une arme avec un vieux bas dans lequel on mettait des chiffons mouillés, des pommes de terre et, par chance, rarement des cailloux ; cette arme de fortune servait à dissuader un "minet de la Haute" trop curieux de pénétrer dans le territoire des Bolzes. Ensuite, on dénichait une vieille poussette : en équipe, on attendait la "proie idéale" et on l’emmenait de force dans un carnotzet ou un café du quartier de l’Auge et on l’obligeait à payer la tournée[9].
La Ville de Fribourg ne s’est jamais vraiment trop préoccupée de ce qui se passait dans ce quartier : voilà pourquoi, en 1974, le carnaval a été volontairement supprimé par le Comité d’organisation qui voulait attirer l’attention des autorités sur la situation précaire des habitants de la Basse-Ville. Cette protestation n’a eu que peu d’influence, mais elle a permis, en 1975, la collaboration avec la Neuveville. Cette union est à elle seule une petite révolution. En effet, une certaine tension a toujours régné entre les deux quartiers à cause, notamment, d’histoires de filles (les gens de l’Auge venaient "se servir" dans le quartier de la Neuveville où, apparemment, les demoiselles étaient les plus belles), mais aussi à cause des différences linguistiques (l’Auge est majoritairement germanophone, alors que la Neuveville est foncièrement "welsch"[10]).
Et maintenant ?
La différence de traitement entre "gens de la Haute" et Bolzes est beaucoup moins marquée : les habitants de la vieille ville ne chassent plus les curieux à coup de pommes de terre et de cailloux…
L’année 2008 a même marqué le quarantième anniversaire de la fondation de la Confrérie des Carnavaliers Bolzes. Cette année, la population s’est déplacée en masse pour découvrir le cortège spectaculaire promis par les organisateurs : en effet, plus de 20’000 personnes étaient en Basse-Ville le dimanche 3 février.
Si le monde - de tous les jours - appartient à ceux qui se lèvent tôt, celui du Carnaval appartient à ceux qui se couchent tard !
Carnavals, Brandons… Où et quand ?
- Bulle : huit semaines avant Pâques
- Fribourg, Romont, Broc et Lucerne : sept semaines avant Pâques
- Venise et Rio de Janeiro : sept semaines avant Pâques
- Bâle (Morgenstreich) et Payerne : six semaines avant Pâques
- Lausanne (Fête du Soleil) : quatre semaines après Pâques
Le carnaval va-t-il disparaître ???
Dans le monde, il existe des carnavals célèbres comme celui de Rio de Janeiro ou de Venise. Ceux-ci n’ont pas trop de soucis à se faire quant à leur avenir : chaque année, les touristes affluent par milliers pour être dans l’ambiance festive brésilienne ou dans le monde plus feutré de la Cité des Doges…
Par contre, dans les petites villes, les carnavals sont moins fréquentés… C’est pour cela que, il y a quarante ans, les fondateurs des Carnavaliers Bolzes ont décidé de redonner un "coup de jeune" à la fête de l’Auge, qui était en "perdition" en ce temps-là. Néanmoins, en considérant le nombre de spectateurs et de participants atteint en 2008 au carnaval de Fribourg, on peut affirmer que celui-ci a encore de beaux jours devant lui. Il y a tout de même un léger risque qu’il devienne une vulgaire "fête à boire"… Le carnaval redeviendrait ainsi une fête purement païenne : la boucle serait alors bouclée. Pendant des siècles, l’Eglise a remué ciel et terre pour que cette tradition garde un caractère foncièrement religieux et spirituel : tous ces efforts se révèleraient vains si le carnaval devenait une sorte d’orgie romaine, une beuverie. Mais nous n’en sommes pas encore arrivés là…
Images du Carnaval des Bolzes

Jacques Thévoz, Temps de galop de la prisonnière des Rababous, Samaritaine, 1959
http://www.fr.ch/v_bcu/media/images/fonds/jath/jath_21967_600.jpg

Jacques Thévoz, Rababous et leur chaussette à patate, Place du Petit-St-Jean, entre 1940 et 1960
http://www.fr.ch/v_bcu/media/images/fonds/jath/jath_21964_600.jpg

Jacques Thévoz, Carnaval des Bolzes, angle Rue d’Or-Samaritaine, entre 1940 et 1960
http://www.fr.ch/v_bcu/media/images/fonds/jath/jath_40330_600.jpg

Jacques Thévoz, Couple de Rababous, Samaritaine, entre 1950 et 1955
http://www.fr.ch/v_bcu/media/images/fonds/jath/jath_21972_600.jpg

La clique de fifres et tambours La Zaehringia, Fribourg, 2008

Raymond Bossy, vice-président des Carnavaliersbolzes, Fribourg, 2008

« Laisse les gondoles à Venise… », Fribourg, 2008

Guggenmusik, Fribourg, 2008

Drôle de vache fribourgeoise…, Fribourg, 2008

Alexandre Favre, percussionniste des 3 Canards, Fribourg, 2008

Christophe Crausaz, chef des tambours de la Zaehringia, Fribourg, 2008
L’exécution du Rababou, Fribourg, 2008
Pompier clownesque, Fribourg, 200
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